dimanche 15 août 2010

DVD FOR A.- La Forteresse cachée, Akira Kurosawa, 1958



Note : Grrrrrrrrr

L'histoire
Au XVI ème sièvle le Japon est divisé par une guerre intestine entre clans qui dirigent chacun un territoire. La princesse Yuki a disparu et un avis de recherche est lancé, on donnera 10 pièces d'or à qui la ramènera. Mais ceci n'est pas pour la sauver mais afin de lui couper la tête et récupérer le trésor de guerre qu'elle a emporté avec elle. Deus paysans cupides essaient de mettre fin à leur pauvreté en survivant comme ils le peuvent dans cette guerre où la mort va vite. Un jour ils tombent sur le trésor et vont être embarqués malgré eux dans une cavale menée par le grand samouraï Makabe Rokurota .

Mon avis
Encore un chef d'oeuvre de Kurosawa... Les personnages sont incisifs, comiques, effrayants, forts, faibles, tour à tour intelligents ou stupides, une galerie tellement riche que je me demande comment on peut intégrer tellement de caractères en 133 minutes. Je suis ébahie par deux choses, la première : les femmes chez Kurosawa dans les années 50, rappelons qu'en 1958 des films comme Les Vikings, L'Homme de l'ouest ou La Forêt interdite faisaient un vrai tabac. Or dans ces oeuvres, l'homme est des plus viril et la femme est reléguée au niveau de bonniche ou de petite chose faible et fragile qu'il faut protéger ou frapper à tour de bras. La même époque sort également Vertigo, ou le second rôle est tenu par une femme fatale, suicidaire et manipulatrice mais maîtresse de son destin... Très franchement, Kurosawa fait office dans ce palmarès de films de réalisateur féministe et visionnaire des changements sociaux du Japon. La princesse Yuki dans son film est à l'image des héros masculins habituels, elle est intelligente, rusée, elle sait manipuler, se faire respecter et craindre mais aussi dans un même temps elle est profondément humaine, charitable, raisonnée, réfléchie, sans elle, la servante ne serait pas sauvée des griffes du tenancier de bar alors que ce personnage également va sauver la princesse plusieurs fois que ce soit de la lubricité des paysans ou de la rage des guerriers, ce dernier personnage est tout en abnégation et en reconnaissance. En parallèle les hommes du film apparaissent comme patauds, doté d'un seul désir, affligeants de couardise et même Rokurota apparait comme étant trop sûr de lui comme lorsqu'il essaie de piéger la princesse avec un stratagème pioché dans "La ruse pour les nuls". Déjà dans les sept samouraïs où il n'y a que deux personnages féminins j'avais été marquée par le personnage de la vieille paysanne qui veut venger la mort de son fils et qui malgré l'âge éventre un guerrier à coup de "foussoir" et de cette femme qui préfère se jeter dans les flammes plutôt que d'affronter la honte de se retrouver face à son mari. Arrivons maintenant aux acteurs, Toshirô Mifune, encore lui, y est une fois de plus magnifique. Misa Uehara qui joue la princesse incarnait ici son premier rôle au cinéma et l'incarnait fantastiquement bien, Minoru Chiaki et Kamatari Fujiwara faisaient également partie de l'équipe des Sept samouraïs (ne faisaient-ils pas déjà partie des paysans, je ne sais plus) en tout cas Takashi Shimura également faisait partie du casting.

Ce qui m'amène au deuxième point incroyable... J'ai l'impression que chaque mot fait sens... ça ne vient pas de la traduction je pense car les sous titres étaient bourrés de fautes grammaticale (je ne fais pas la morale hein, je sais que j'en fais aussi mais je ne fais pas partie d'une grosse maison d'édition non plus). En fait, si on coupe le son on comprend absolument tout de l'intrigue (ce qui n'est pas vrai par exemple dans A bout de souffle et pas possible en plus) sans avoir besoin d'explication et quand on remet le son on s'aperçoit que les mots font prendre une grandeur philosophique aux personnages. Pensez à moi quand vous verrez la scène de la fête du feu. La comédie n'est jamais loin car les jeux sur les noms sont drôles aussi. Je me demande comment Kurosawa travaillait le scénario et les dialogues... cela me renforce dans le fait qu'il faut que je trouve un livre sur Kurosawa pour voir comment il travaillait.

Encore une dernière chose dingue : le nombre de figurants, déjà sur les sept samouraïs c'était fort mais là je crois que ça a doublé ou en tout cas ça donne l'impression.

Ah oui j'oubliais, les costumes sont super représentatifs de chaque trait de caractère et celui de la princesse est comme ceux des super-héroïnes de comics américains.
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