mercredi 26 janvier 2011

DVD PAS A.- Pas de printemps pour Marnie, Alfred Hitchcock, 1964

Note : Grrrrrrrr

L'histoire
Marnie en se faisant passer pour une secrétaire vole les patrons qui l'embauchent. Changeant d'identité aussi rapidement que l'on change de couleur de cheveux, elle ne vit que pour sa mère et son cheval, elle est pétrifiée par le rouge et les orages. Mais un jour elle tombe sur un employeur qui la reconnait et la laisse s'empêtrer dans sa toile. Ce dernier lui fera prendre conscience de l'aide dont elle a besoin. 

Mon avis
Ah quel bonheur un vrai réalisateur qui sait qu'il cadre un lampadaire quand il en cadre un et qui sait que l'acteur est une matière filmique comme l'ombre et la lumière. J'ai toujours été abasourdie par "les" Alfred Hitchcock, j'en regarde depuis l'âge de 6 ans et je n'ai jamais prononcé un seul mot quand ses films passaient à la télé. Que ne donnerais-je pour en voir en grand écran au cinéma ! Son oeuvre a le même effet cathartique sur moi que Le Petit Chaperon Rouge. Pourtant je recommande vivement à ceux qui n'ont jamais vu de films du maître de ne pas commencer par celui là. Je pense que Marnie se mérite et qu'il faut avoir appris à regarder un Hitchcock comme on apprend à lire, pompeux dites-vous ? Non, réaliste, Marnie est un film viscéral et le plus ouvertement psychologique possible loin devant Vertigo. Marni est un film difficile où rien n'est innocent, où tout est brutal et où même l'encre de bureau peut brutalement vous fichez la nausée au dernier degré. Tippi Hedren en femme violée, instinctive et à la force bestiale s'impose sur l'écran en endossant la peau de Marnie. Qui lui opposer ? Nul autre que le meilleur James Bond de tous, Sean Connery. Tippi Hedren est à la fois filmée de façon presque sanctifiée dans ses habits clairs cintrés couronnée d'une virginale coiffure d'où n'échappe pas un cheveu et d'un autre côté Hitchcok nous montre le pire d'elle, suante, grimaçante, simiesque. Relation amour/ haine ? C'est ce que l'histoire du cinéma dit, mais il n'y a pas besoin d'histoires, il suffit de regarder la pellicule, tout est là clairement exposé. Tout est beau policé au début et soudain le monde se distord et le mal apparait en Marnie/Tippi, en Rutland/Sean et en regard du spectateur/ réalisateur sui joue à la perfection son rôle dans le trio amoureux cher au drame. D'ailleurs de longs passages sans dialogue nous font comprendre bien plus que tous les monologues du monde, dés lors il n'y a pas à se tromper, le dérangeant film Marnie est un film parlant des frustrations de son réalisateur, frustration de comprendre les femmes, ce qu'elles veulent et frustration de ne pouvoir en être physiquement aimé, la pauvre Tippi depuis les oiseaux s'en prend d'ailleurs littéralement plein la tête. Dans cette quête de ce qu'est la féminité, il ya cette vision masculine de ce qu'est la féminité... mais la féminité dans l'oeil d'un homme, qui la souhaite soumise, le regard du chasseur se posant sur une femme qui se croit libre et qui finira mal. On voit cette métaphore dans las plans sur les nuques dénudées que Hitchcock nous impose, le réalisateur s'est mis dans la peau du chasseur clairement qui suit avec patience sa bête avant de l'acculer et finalement de la mettre à mort en l'asservissant. J'en veut pour preuve l'apparition de Marnie sur le quai de la gare en brune, on voit une femme de dos qui marche d'un pas rapide vers un moyen de transport l'emmenant vers l'horizon, le chasseur vient de découvrir sa proie, la caméra film légèrement en dessous de la taille (ne me demandez pas le nom des plans je n'en ai aucune idée, j'ai pas fait d'études de cinéma). Comme si la caméra étaie en attente, comme si le chasseur était assis attendant une opportunité. la proie n'est pas encore désirable. Puis on revoit juste une partie des cheveux de Tippi et ses mains nous laissant comprendre qu'elle se décolore les cheveux. On la revoit ensuite blonde les cheveux tirés en un laborieux  chignon précis de face, cette fois la caméra est à niveau et filme de près. On voit ensuite l'actrice de dos, la caméra la suit en commence sa traque, avec en point de fuite la nuque dénudée de la belle comme symbole du désir du réalisateur qui souhaite atteindre ce but. Tout s'enchaîne ainsi jusqu'à la monstrueuse nuti de noce où Marnie se fait violer par son mari et on voit Tippi le menton tremblant la tête posée sur l'oreiller et son chignon parfait détruit ses cheveux blonds étalés sur l'oreiller infâme. Entre temps la caméra s'est tellement rapprochée de sa proie que lors du fameux baiser le réalisateur/chasseur ne prend plus la peine que de filmer de très gros plans sur les parties du visage des acteurs dont les lèvres. Soudain, prise de conscience du réalisateur sa proie s'échappe et tout n'est plus que suggérer. 
La pasychanalyse peut enfin entrer vraiment en action et de la femme/proie elle devient objet d'étude enfermée dans une prison où chacune de ses réactions est pesée et dépiautée.
Les couleurs également sont un élément clé de ce film, il y a évidemment le rouge de Marnie qui représente tout à la fois, la violence, le crime et le pêcher (couleurs que l'on retrouve sur les glaïeuls, sur l'encre, dans les éclairs, sur le jockey et la robe pourtant rouge grenat de la belle soeur de Rutland)  mais également il y a le jaune présent sur le sac à main, la clef, le coussin refuge de Marnie, le pyjama, tout ce qui ouvre ou qui ferme la vie de Marnie. Ajoutez à ces deux thématiques des plans hallucinants comme un des plus beaux du cinéma avec un plan "en diagonal" des deux prétendantes dans, le cauchemar de Marnie alors que sa mère est dans l'encadrement de la porte, la maison des Rutlands toutes les deux à la fenêtre, le plan de la curée, scène de la chute du cheval,  l'horrible plan monstrueux du marin tombant sur la mère de Marnie et l'apogée absolue avec le sang dégoulinait sur plus de 90% de la totalité de l'écran devant les yeux horrifiés de l'enfant (au fait elle n'est pas habillée en jaune aussi là ? j'avoue que je ne m'en souviens plus). Panégyrique que tout ceci ? Foin ! Pas du tout car si ce film est le plus impressionnant psychologiquement parlant de Hitchcock il est peut-être pour moi le moins réussi. Eh oui,  vous ne vous attendiez pas à cela  de ma part ?  En fait, je dois avouer que c'est un des films les plus violents que j'ai jamais vu même si on ne voit pas "vraiment" la violence et de ce fait l'accent étant plus mis sur ce rapport de force entre les personnages, la technicité laisse à désirer, des fois certains plans sentent le toc. Peut-être est-ce fait exprès pour donner un côté "Mais attendez je suis seulement en train de vous raconter une histoire d'horreur comme d'habitude",  Hitchcock nous ayant habitué dans ses films plus onirico-cauchemardesque à introduire un peu plus de réalisme dans ses plans comme la vacuité du décor de Psycho qui est on ne peut plus fonctionnel et sans fioriture. Contrepoids donc ou malfaçon ? On ne sait pas, on ne saura jamais mais dans ce sens ça m'embête et c'est pourquoi je n'accorde pas un vote intégral à Alfred. Un de mes rêves petite était de tourner avec lui...finalement non... surtout si j'incarne une blonde... 
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