mardi 20 novembre 2012

F SAN A.-La Soif primordiale, Pablo de Santis, Métailié, 2012, 18,50€

Note: Grrrrrrrrr

L'histoire
Dans le Buenos Aires des années 50, Santiago a pour métier de réparer des machines à écrire. Mais un jour on lui propose de remplacer à la rédaction d'un journal feu l'homme qui créait des mots croisés. Ce dernier créait des mystères pour le public de lecteurs mais était au milieu lui même d'une traque commanditée par le Ministère de l'Occulte qui mène tout homme à sa perte. 

Mon avis 
Une vision intelligente et novatrice du vampirisme. Pablo de Santis réussit un coup de maître en nous proposant cette variante du mythe vu et revu du vampire ; il reprend un des aspects secondaires de la figure mythique, celle de la mélancolie, pour la passer au premier plan. De images modernes et très anciennes font leur apparition lors de tableaux à l'hypnotique étrangeté comme celui de la pythie errant aveugle dans un jardin de livres enterrés et en décomposition, ou encore cette folle nuit dans l'hôtel où l'on voit un vampire, jamais nommé comme tel, solitaire, à la merci d'une poignée d'hommes malhabiles. Pablo de Santis nous montre un jeune homme sans défaut ni qualité qui va évoluer avec sa carrière et au fil de ses rencontres jusqu'à devenir celui qu'il traquait. Nous sommes proche de récits initiatiques teintés de romantisme comme Le Petit Pierre, le style littéraire se rapprochant de la dangereuse et vénéneuse quiétude des textes borgésiens qui nous prennent au piège sans que l'on s'en rende compte, nous renvoyant à une thématique sous-jacente de ce roman à savoir : les livres sont dangereux et les mots sont  des poisons. Les héros sont tous soucieux de ce qui ne doit pas être révélé mais dévoilé à quelques initiés à l'image des articles paraissant dans le journal de Santiago, où l'on peut lire d'étranges tribunes, où les lecteurs doivent tenter de faire des mots croisés pourtant déchiffrables par les seuls amateurs éclairés de botanique, aux lecteurs fiévreux d'astrologie dont la sibylle s'arrange pour prophétiser des choses qui peuvent être vraies sans l'être, l'idée que tout est écrit mais peut être réécrit avec l'horrible machine à retracer les lignes de sa main. Pablo de Santis nous entraine dans un amour des mots et la crainte de ce qu'ils révèlent à ses héros. Cela évoque évidemment la délation et tout ce qui la fait naître et la conclue toujours dans l'horreur. Le livre lui même se voit élever un temple mais Pablo de Santis fait apparaître dans ce temple la figure du livre scellé (on pourrait presque dire de sept sceaux) préfigurant la fin de toute chose. Les passions humaines étant les clefs qui vont conduire tout ce petit monde de lettre à sa perte. Un  livre à lire pour l'amour du beau texte ciselé de main de maître et pour avoir une vision de notre monde réenchanté par l'apparition dans le réel de figures mythiques. 

Je retiens cette phrase p.93 " Mais les mauvaises traductions sont fondamentales dans l'histoire de la littérature, elles sont la preuve qu'un bon livre résiste à tout. Sans les mauvaises traductions, quel mérite aurait notre foi ?" 
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